« Le dessinateur Marcel Gotlib, mort dimanche à 82 ans, a ravi des générations de lecteurs avec ses personnages loufoques et son imagination délirante, qui ont fait de lui l’un des auteurs phares de la BD européenne. […]
Avant de baisser les crayons, il avait passé plus de 30 ans de sa vie, dix heures par jour, à sa table à dessin pour créer sa progéniture de papier : Gai-Luron, le chien triste, Hamster Jovial, le scout rock’n’roll, Pervers Pépère, le vieux dégueulasse, ou Superdupont, son super-héros tricolore à béret basque inventé avec Lob.
Gotlib a appris à rire avec les films des Marx Brothers, ses frères d’humour et de dérision. Une statue de Woody Allen trônait dans son bureau.
Marcel Gottlieb – son nom sera francisé plus tard – était né le 14 juillet 1934 à Paris dans une famille d’origine juive hongroise. Son père, Ervin, est mort en déportation à Buchenwald et le petit Marcel passe l’Occupation caché dans une ferme normande pour échapper aux rafles anti-juives. Au lendemain de la guerre, il veut faire du dessin animé et prend de plein fouet l’influence des dessinateurs américains, comme Harvey Kurtzman et l’équipe du magazine satirique Mad.
Il crée Gai-Luron dans l’hebdomadaire Vaillant en 1962. Puis rejoint le Pilote de René Goscinny, où il lance en 1968 sa Rubrique à brac, incontournable best-seller des cours de récré. […]
En quatre ans, il dessinera plus de 500 planches pleines d’animaux bizarres et de personnages hilarants.
Mais avec un seul vrai héros : lui-même. Car Gotlib est le premier auteur de BD que les lecteurs reconnaissent dans la rue parce qu’il se dessine en personne dans ses planches. De préférence sur un trône, avec une couronne de lauriers. Un truc pour exorciser sa timidité : « je suis extrêmement complexé. J’avais l’impression de me venger en faisant le con, en me montrant magnifique sur mon trône« .
C’est l’époque de la coccinelle, son personnage fétiche qu’il dessine dans les coins. »

La Montagne