« Le Monde a lancé un outil pour repérer les sites d’information non dignes de confiance. […]
Les intentions des journalistes du Monde sont louables. Face à la masse de fausses informations qui circule sur Internet — donnant l’impression aux fact-checkers du journal de «vider un océan à l’aide d’une petite cuillère» — le Décodex veut permettre à ses lecteurs de débusquer eux-même la désinformation. […]
Le Décodex classe les sites en 5 catégories: en gris, les réseaux sociaux, à la crédibilité variable selon la source (ex: si c’est le compte Twitter d’un président américain, méfiez-vous) ; en bleu, les sites parodiques, façon Gorafi ; en rouge, les sites diffusant des fausses informations ; en orange, les sites jugés peu sérieux car reprenant des infos sans vérification ; en vert, les sites «plutôt fiables», autrement dit la presse traditionnelle et quelques autres organes vertueux.
Le souci, c’est que pour faire marcher le Décodex, il faut donc établir une liste de sites d’information recommandables ou non. Et là, on entre dans un domaine éminemment contestable. En mettant ses petites pastilles vertes, oranges ou rouges, Le Monde se donne le rôle de censeur et de certificateur du web, de CSA de l’information en ligne. […]
Il serait facile de rétorquer que Le Monde publie aussi à l’occasion de fausses informations, comme récemment le faux piratage par les Russes d’une centrale américaine. […]
Pour que que les sentences d’un arbitre soient reconnues par tous, il faut que celui-ci soit jugé impartial et transparent. Or Le Monde, «le journal de référence», ne l’est plus vraiment. Comme ne le sont plus de manière générale les médias, qui font face aujourd’hui à une immense défiance des citoyens. »

Libération/L’an 2000