Dans les eaux assombries des égouts de Paris,
La ville est dessinée comme une longue route,
On peut la découvrir parmi de lourds relents
De la vie, de l’espoir qui crient et puis qui courent.
On peut même l’aimer dans ces tunnels qui gouttent,
Cette ville du rire et des heureux amants,
Puisque c’est dans le noir qu’on fait le mieux l’amour.

Dans les eaux assombries des égouts de Paris,
On chevauche des rats gros comme des chiens,
Et on peut y croiser, pour peu que l’on s’y perd,
Des gens saouls, des gens nus, des gens qui n’ont pas peur.
Et puis si, pourquoi pas, l’on veut nager un brin,
On pourrait se noyer dans la pisse et la bière
De tous ceux qui ont bu même dans le bonheur.

Dans les eaux assombries des égouts de Paris,
On pourrait se réjouir de n’y rien distinguer,
Ni forme, ni couleur, ni ombre, ni lumière,
Parce que notre cœur, d’un battement, se serre,
En sachant l’avenir que certains vont manquer
Mais on pleure pourtant, à cause du parfum
Que même aveugle, on sent comme au creux de la main
Le doux parfum du sang des âmes déjà loin
Le sang des innocents,
Qui n’ont rien fait, et ne feront plus rien.