Il fut un singe bon, amical et gentil,
Qui, au sein de son clan, était fort apprécié
Par babouins et gibbons. Il avait une amie :
Ils s’aimaient tout le temps d’une vive amitié.
Mais Ouki était sage, et par conséquent fou :
Régulièrement, il amenait sa troupe
Au bord d’un marécage, et plongeait jusqu’au cou,
Attendant, espérant qu’on lui sortît la croupe
De ce danger fatal; bien souvent, son amie
Était seule à l’aider; ils s’aimaient d’autant plus.
Mais un jour automnal, elle seule suivit
Ce simiesque affolé -personne ne voulut
Supporter plus longtemps de le voir s’embourber.
Arrivé, il plongea et appela à l’aide.
Il mit fort peu de temps à la voir bras croisés :
“Ami, il ne faut pas que ma volonté cède :
Te secourir encor ne t’aidera pas tant,
Tu recommenceras !” Ouki la regarda :
“Oui, je suis dans le tort, mais qu’advient-il des gens
Seuls qu’on ne sauve pas ?…” Sur ce, il se noya.