Samedis soirs, je vous déteste
Quand dans vos longues embrassades,
Vous n’enlacez que les heureux
Et ignorez les solitaires,
Qui, sans un sanglot, ne protestent
De supporter ces soirées fades
Où, pour compagnon, ils n’ont qu’eux,
Et pour Paradis que l’Enfer.

Quand vendredi, les autres gens
S’amusent déjà par avance
De ce qu’ils vont se retrouver,
Jouer, rire, s’embrasser et jouir
Dans les lèvres d’un inconnu,
Le corps rempli d’un feu ardent,
Ceux qui n’ont jamais cette chance
Se taisent pour les supplier
D’être invités à ces délires
Pour enfin vivre un imprévu.

C’est dans leur lit, double mais vide,
Qu’ils réalisent leur tristesse,
Et à quel point tout être humain
Hait le silence d’une chambre.
Désabusés, crispés, livides,
Ils tentent d’oublier la liesse
Dont ceux qui plaisent sont étreints,
Et fixent leurs murs couleur ambre

En se disant que le malheur
N’est jamais qu’être dans le noir,
Insomniaque depuis des heures
Sans personne un samedi soir.